Ce qui a été dit le jour de la présentation…

Voici c’est qui a été dit par Eyda Machin le jour de la présentation de mon roman La danse des millions, à la Maison de l’Amérique Latine de Paris le vendredi 18 janvier. Grand merci à Félix Hernandez pour le reproduire dans ces pages culturelles:

La danse des millions, par Eyda Machin

Paris le 19 janvier 2013

Malgré la neige abondante qui tombait hier soir sur la Ville Lumière, un public nombreux a rempli l’Auditorium de la Maison de l’Amérique Latine au Quartier Latin pour assister à la présentation du roman de William Navarrete  La danse des millions.

Sur le podium l’auteur était accompagné par la traductrice Marianne Millon et par la poète et romancière Eyda Machín. J’ai trouvé très intéressante la présentation de l’œuvre faite par Mme Machín. C’est pour cela que je tiens à reproduire ses paroles :

« D’abord, je voudrais excuser Christian Roy-Camille, annoncé dans cette présentation, et qui malheureusement ne pourra pas être parmi nous, suite à des soucis importants survenus dans sa famille.

Je remercie la Maison de l’Amérique Latine au nom de l’Association Livres et Lieux que je préside, pour nous permettre d’accéder à cet espace. Je remercie les éditions Stock et leur staff pour avoir choisi ce roman et l’avoir rendu lisible en français. A sa traductrice, Marianne Millon pour sa remarquable traduction. On remercie également la librairie Gallimard pour nous apporter le roman (qui sera d’ailleurs présenté dans leur siège du Boulevard  Raspail le 24 janvier prochain) ainsi qu’à tous ceux qui sont venus ce soir. Je vous remercie d’être présents ici aujourd’hui à côté de l’auteur, de sa traductrice et de moi-même.

Je voudrais d’abord présenter William Navarrete, en tant qu’auteur et en tant qu’ami. Nous nous sommes rencontrés à Paris en 2003. Au fur et à mesure que je le découvrais, je me rendais compte que William Navarrete était un être multiple. Poète, critique d’art, journaliste, historien…

Ses premières publications en 2000 et 2003 :  La chanson cubaine : 1902-1959 et Cuba la musique en exil (deux essais écrits en français et publiés chez L’Harmattan, sont des documents essentiels pour comprendre l’histoire de la musique de l’île). Fondateur de l’Association pour le Centenaire de la République Cubaine, il a publié un ouvrage collectif en 2002 sur ce sujet faisant y participer vingt huit spécialistes cubains dans ce domaine. Poète, on lui doit des multiples recueils de poèmes, entre autres Edad de miedo al frío, Versi tra le sbarre, Canti al piedi dell’Atlante, Lumbres veladas del Sur. Il a aussi dirigé l’anthologie des poètes cubains à Paris : Ínsulas al pairo, ainsi que d’autres œuvres critiques sur la peinture ou la littérature : tels que La canopea del Louvre (un livre de contes), Aldabonazo en Trocadero 162 (un hommage à l’écrivain José Lezama Lima). Il collabore aussi à divers médias dont El Nuevo Herald de Miami. Ce serait très long d’énumérer toute son œuvre, puisqu’il a à son actif plus d’une douzaine de livres d’art, de poésie et d’essais, sans compter ses autres activités littéraires, ateliers, etc.

Pendant quelques années, nous avons présenté ensemble ici, à la Maison de l’Amérique Latine, des écrivains, des poètes, des cinéastes, des artistes plastiques  venus de France, des États-Unis, d’Espagne, de l’Amérique Latine, etc…

J’ai eu aussi le privilège de pouvoir présenter la plupart de mes livres dans cette Maison, grâce à William Navarrete. J’ai souvent regretté de ne pas l’avoir rencontré avant. Mais nous avons réussi à bien rattraper le temps.

Je me sens aujourd’hui très honorée de présenter La danse des millions, le premier roman de William Navarrete, paru sous le titre de La gema de Cubagua dans les éditions Legua, à Madrid, en 2011 et présenté au publique français par les Editions Stock (la plus ancienne maison d’édition de France), dans cette merveilleuse collection de La Cosmopolite; puis traduit très opportunément par Marianne Millon, à mes côtés, à qui je donnerai la parole en quelques minutes.

Pour ceux qui ont été témoins de la présentation de La gema de Cubagua l’année dernière, celle-ci sera l’opportunité de découvrir l’exploit de la traduction en français d’une langue hautement colorée, c’est-à-dire, l’espagnol très cubain de William auquel s’ajoutent les voix et accents typiques de la région d’Oriente,  la plus à l’est de l’île, qui est l’endroit où se déroule une bonne partie de l’action du roman.

L’auteur nous entraîne, dès la première page, dans un univers délirant où de multiples personnages s’entrelacent à un rythme effréné dans une danse vertigineuse, sans cesse, en quête d’une fortune, mais également en quête de la raison de leur propre existence dans le Cuba des années 1980.

Ana Isidora, la protagoniste du roman, porte le nom d’Isidore, le saint patron de la ville de Holguín : l’endroit où elle est née et où sont nés aussi tous ses ancêtres depuis la fondation de la ville au XVIIIè siècle. C’est le jour de son 50ème anniversaire : célibataire, desséchée, oubliée un peu par tous (même par ses deux frères partis en exil au début de la Révolution), qu’elle cherchera à s’offrir quelque chose de spéciale. C’est alors qu’il lui survient l’idée qui va provoquer un véritable raz de marée dans sa ville : elle pénètre alors l’endroit mystérieux et longtemps ignoré par elle des Archives Municipales, établies dans une ancienne demeure coloniale de Holguín, une bâtisse où elle ne s’était jamais aventurée jusqu’à ce moment. Elle y cherchera un roman à l’eau de rose, comme ceux de Corín Tellado, la célèbre romancière espagnole, que toutes les femmes du monde hispanique avaient lu dans la première moitié du XXè siècle.

Ana Isidora tombe alors, presque par hasard, sur une coupure d’un ancien journal cubain (El Diario de la Marina), de l’année 1930, où elle lit l’appel lancé aux héritiers de l’enseigne de vaisseau Juan Bautista González de Rivera y Obeda, pour leur faire toucher un héritage lourd de 175 millions de livres sterling, légués et apparemment déposés dans une banque anglaise. Elle sentit alors la terre s’ouvrir sous ses pieds car elle, Ana Isidora González de Rivera y Tamayo,  descendait elle-même, sans savoir exactement comment et pourquoi, de cette illustre branche. Elle s’apprêtera donc à construire son propre arbre généalogique pour prouver que ses ancêtres avaient été les fondateurs de la ville où elle vivait.

A partir de ce moment, il est impossible de décrire toutes les péripéties et les situations qui vont avoir lieu. Elle devient la personne la plus célèbre de la ville: elle passe à la radio, les gens se précipitent chez-elle pour demander des conseils, plus de la moitié de la ville se lance dans la construction de son arbre généalogique dans l’espoir de descendre également du premier González de Rivera. Le succès est tel que Ana Isidora doit improviser chez-elle un Cabinet de la Fortune où les gens, venus de toutes les villes et les villages du pays feront la queue, afin d’y être reçus pour obtenir des conseils ou tout simplement pour solliciter de l’aide concernant leurs propres besoins matériaux. Le succès du Cabinet est tel qu’on doit même établir une tombola – en espagnol un bombo – pour être reçu à la suite d’un tirage au sort. Je constate que dans cette partie du livre, toute l’ironie de l’auteur est mise au grand jour puisque à Cuba un bombo similaire existe à l’ambassade américaine pour octroyer 20 000 visas annuels par tirage au sort aux Cubains souhaitant quitter le pays pour les États-Unis.

Des personnages hauts en couleur vont apparaître dans la vie d’Ana Isidora. Ils formeront le Cabinet de la Fortune, tel que Herminia, une voisine que jusqu’alors l’ignorait et qui, depuis le succès de l’héritage, ose l’appeler “ma cousine” alléguant un lien de parenté que Ana Isidora ignorait. Et même l’épicier du quartier, Alcibíades, qui finira par demander à Ana Isidora de l’épouser d’une façon tellement convaincante que personne ne doutera de ses nobles intentions.

Le roman est riche en épisodes et il offre des aspects très divers de la vie cubaine. Un conférencier reçoit des ordres du Parti de donner deux conférences, portées sur les aspects historiques de la ville, lorsque les González de Rivera étaient des navigants intrépides venus du Portugal et installés tout d’abord au Venezuela, avant de s’établir définitivement dans la partie orientale de Cuba. Dans ces conférences, on entendra la voix de William Navarrete qui déploie ses connaissances sur l’histoire de son pays.

Dans un autre registre, on assistera à une chorégraphie multiple: d’abord une parodie du ballet Giselle, interprété par le Ballet National de Cuba avec à sa tête la danseuse étoile, octogénaire et aveugle Alicia Alonso – un clin d’œil sans doute au fait que le pays est dirigé par des octogénaires aussi décrépites et aveugles -, puis une danse des sept machettes, interprétée par la coupeuse de canne de la province, millionnaire mais, comme dans une farce, en tonnes de canne coupées. Il y a aussi le début d’un Carnaval avec des chants paysans interprétés par la chanteuse Celina González.  Tout ceci se passe simultanément et dans le même lieu choisi par Ana Isidora et Alcibíades pour célébrer leur mariage. Dans ce chapitre, nommé aussi La danse des millions, je considère que l’action atteint son paroxysme. Dans un tourbillon frénétique tous les personnages semblent attrapés dans la danse de leurs vies, dans la danse de l’époque où ils vivent, dans celle de leurs souvenirs, de leurs rêves et simulations. Une succession d’images, de situations délirantes, drôles, tragiques, claires et confuses en même temps, tel que l’Histoire de Cuba, façonnent ce chapitre décisif dans la vie des personnages et dans la conception du roman.

Dès lors,  on assiste à des confidences transmises par des lettres, à des émissions de radio, à des funérailles où l’on enterre l’un des personnages, à des clins d’œils à d’autres romans et films cubains et même à une conga ou cortège dansant qui finira dans le cimetière local, où sera exhumé le cadavre de la mère du personnage principal. Avec cette exhumation ce dévoilera la fin de l’histoire, c’est-à-dire, la solution finale où se trouve la clé concernant la somme colossale convoitée par tous les héritiers, qui seront très nombreux, du fait que la société coloniale cubaine fut essentiellement “endogamique” et que presque tous les habitants des villes des provinces descendent des mêmes premiers colonisateurs.

Je vous invite à découvrir ce roman. A poser des questions à l’auteur. Moi-même j’en ai deux à lui poser. Mais avant ceci, je passe la parole à Marianne Millon, traductrice expérimentée, pour qu’elle nous parle de son expérience avec cet auteur ».

La danse des millions.

William Navarrete

Traduit de l’espagnol  (Cuba) par Marianne Millon

Editions Stock, Collection La Cosmopolite. 2012

pages de Félix José Hernández

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Una respuesta a Ce qui a été dit le jour de la présentation…

  1. christelle dijo:

    Superbe! J’ai beaucoup aimé tout ce qui a dit Eyda. Je devore ton roman. Bises.

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